Le cancer porte le visage de notre mère atteinte d’un cancer de l'uterus, de notre épouse confrontée au cancer du sein, de notre père ou de notre grand-père frappé par le cancer de la prostate, de notre frère, de notre sœur ou de notre enfant atteint par la maladie alors que sa vie ne fait que commencer.
Le cancer n’est donc pas qu'une statistique. Il a des visages. Il entre dans nos maisons, bouleverse nos familles et emporte parfois ceux qui en constituent les forces vives.
En Afrique, cette tragédie prend une dimension particulière. Le diagnostic souvent tardif, l’insuffisance des équipements et des structures spécialisées, l’accès inégal aux traitements et leur coût parfois exorbitant aggravent le poids de la maladie.
Une famille peut voir ses économies disparaître, ses projets interrompus et son équilibre affectif et financier profondément fragilisé. D'autres se résignent tout simplement. La douleur est contenue dans les regards, l'acceptation de la fatalité dans le silence familial. Un silence de honte de ne pas pouvoir y faire face, un silence de gêne pour ne pas en rajouter à la souffrance du parent. Le patient est parfois maintenu dans l'ignorance totale de sa situation.
Une mère malade, c’est une famille qui vacille. Une épouse malade, c’est parfois tout un foyer qui doit se réorganiser. Un enfant malade, c’est un avenir qui devient incertain. Une femme ou un homme en âge de travailler emporté par le cancer, c’est aussi une force productive qui disparaît.
C’est pourquoi le cancer est devenu l’une des grandes menaces sanitaires, sociales et économiques de notre époque. Il ne menace pas seulement des individus : il menace les forces vives, la stabilité des familles et, par son ampleur, le développement de nos sociétés.
Alors, que devrait être Octobre Rose ?
Certainement pas seulement un mois de rubans, de marches, de photographies et de slogans. Le folklore peut attirer l’attention ; il ne doit jamais prendre le pas sur la maladie.
Cette journée devrait être un moment de vérité et de regain d'espoir : faire le bilan des avancées de la recherche, des traitements, du dépistage et de la prévention ; mesurer les progrès accomplis, mais aussi les retards, les inégalités et les besoins encore insatisfaits.
Elle devrait surtout être un appel à une solidarité agissante au niveau national.
Pourquoi ne pas réfléchir à la création d’un Fonds mondial de lutte contre le cancer, mutualisant les fonds nationaux et capable de soutenir durablement une chaîne de structures dédiées à la prévention, au dépistage, au diagnostic, au traitement, à la recherche, aux soins palliatifs et à l’accompagnement des familles, avec une attention particulière aux régions les plus démunies ?
Nous avons su mobiliser des ressources considérables face à d’autres grandes menaces mondiales. Le cancer, qui frappe toutes les générations et tous les continents, mérite lui aussi une réponse à la hauteur de son ampleur.
Le ruban rose ne devrait donc pas être l'arrivée d’Octobre Rose, mais le départ d’une mobilisation qui se poursuit toute l’année.
Le cancer a des visages. Derrière chaque visage, il y a une vie. Derrière chaque vie, une famille. Et derrière chaque famille, une part de notre avenir.
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