Combien de journées faudra-t-il encore célébrer pour, enfin, passer de la réflexion à l'action ?
L'Afrique va célébrer, demain, comme d'habitude, la 24eme Journée Africaine de Médecine Traditionnelle. Cela sera autour du thème : Réflexion sur les efforts de recherche et de developpment en matière de medecine traditionnelle pour la mise en oeuvre de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine.
Thème ne saurait etre plus pertinent. En effet, selon l'OMS, le taux de couverture sanitaire à l'échelle continentale s'établit autour de 51%. WHO | Regional Office for AfricaSanté et bien-être universels | OMS | Bureau régional pour l'Afrique.
Cette moyenne ne rend pas toutefois compte de la réalité disparate : Afrique du Nord (65%), Afrique australe (69%), Afrique orientale (43%), Afrique occidentale (40%), Afrique centrale (40%).
Il s'y ajoute le fléau particulièrement préoccupant des médicaments douteux. On estime que près d'un médicament sur cinq analysé en Afrique dans les études disponibles présentait un problème de qualité ou était falsifié.
Dans le même temps, il ressort que 80% environ de la population a recors à la médecine traditionnelle.
Devant l'évidence d'une solution, on a passé un quart de siècle à réfléchir, plutôt à ressasser l'immense potentiel de la médecine traditionnelle africaine, son importance, la richesse de notre biodiversité, l'urgence de la réglementation et l'impératif de son intégration dans les systèmes de santé.
Réfléchir. Encore. Toujours. A ce titre il faudra une 50eme journée pour réfléchir dont nous aurions du commencer à agir à la 24eme !
On ne peut mépriser la réflexion car son absence conduit au tâtonnement ; mais passer son temps à réfléchir risque de confiner à tourner en rond.
Et c'est le triste spectacle que l'Afrique renvoie au sujet de sa medecine traditionnelle : une immense intelligence collective enfermée dans des salles de réunions ou de conférences. Au détour de symposiums, d'ateliers, de séminaires, etc...
En résumé, l'Afrique possède presque tout ce qu'il faut pour réussir. Sauf une chose essentielle : la décision de faire !
Le potentiel africain est devenu une légende continentale. Potentiel agricole, potentiel minier, potentiel energetique, potentiel touristique et potentiel médicinal. L'Afrique devrait-elle rester éternellement riche de ce qu'elle pourrait devenir ? Et les africains de ce qu'ils pourraient avoir ?
La souveraineté appelle aux actes.
Voila la tragédie silencieuse autour de la médecine traditionnelle : nous avons les plantes, le savoir, les praticiens et les chercheurs mais la transformation industrielle, la standardisation, la technologie, la commercialisation sot absentes.
Le manque de collaboration entre traditherapeutes, chercheurs, thérapeutes, pharmaciens et médecins sur fond de condescendance est la cerise sur le gâteau.
En résumé, ce n'est pas en prononçant le nom du médicament que l'on guérit le mal.
Le cas du paludisme est particulièrement révélateur.
L'Afrique concentre l'immense majorité des décès dus au paludisme dans le monde. En 2023, la Région africaine de l'OMS représentait environ 95 % des décès mondiaux liés au paludisme. Et pourtant, le continent dispose depuis des siècles de pharmacopées utilisées contre les fièvres, les infections et diverses affections, mais des initiative pour leur transformation en médicaments modernes, validés et standardisés restent inexistantes.