mardi 8 septembre 2026

C'EST BIEN POSSIBLE...

 🇧🇫Le Burkina Faso compte désormais plus de 18 médicaments issus de la médecine traditionnelle homologués et reconnus pour leur utilisation. L’annonce a été faite à l’ouverture de la 14ᵉ Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative (SNMTA), organisée du 31 août au 5 septembre 2026 à Manga, en même temps que la 24ᵉ Journée africaine de la médecine traditionnelle. 


Selon le ministère burkinabè de la Santé, plus de 80 % de la population recourt à la médecine traditionnelle. Les autorités veulent donc renforcer l’encadrement du secteur à travers l’autorisation d’exercice, l’homologation des produits et l’évaluation de leur efficacité et de leur innocuité.


Cette édition est placée sous le thème de l’introduction des médicaments traditionnels améliorés dans les directives nationales de prise en charge des maladies, avec l’objectif de mieux articuler savoirs traditionnels, recherche scientifique et système de santé. 


Source : Burkina24 / Ministère de la Santé du Burkina Faso

dimanche 30 août 2026

DE LA REFLEXION A L'ACTION....

Combien de journées faudra-t-il encore célébrer pour, enfin, passer de la réflexion à l'action ? 

L'Afrique va célébrer, le 31 Août 2026, comme d'habitude, la 24ème Journée de la Médecine Traditionnelle Africaine. Le thème en sera:

 "Réflexion sur les efforts de recherche et de développement en matière de médecine traditionnelle pour la mise en oeuvre de la couverture sanitaire universelle dans la région africaine". 

Thème ne saurait être plus pertinent. En effet, selon l'OMS, le taux de couverture sanitaire à l'échelle continentale s'établit autour de 51%. WHO | Regional Office for AfricaSanté et bien-être universels | OMS | Bureau régional pour l'Afrique.

Cette moyenne ne rend toutefois pas compte de la réalité disparate : Afrique du Nord (65%), Afrique australe (69%), Afrique orientale (43%), Afrique occidentale (40%), Afrique centrale (40%). 

Il s'y ajoute le fléau particulièrement préoccupant des médicaments douteux. On estime que près d'un médicament sur cinq analysé en Afrique dans les études disponibles présentait un problème de qualité ou était falsifié.

Dans le même temps, il ressort que 80% environ de la population a recours à la médecine traditionnelle. 

Devant l'évidence d'une solution, on a passé un quart de siècle à réfléchir, plutôt à ressasser l'immense potentiel de la médecine traditionnelle africaine, son importance, la richesse de notre biodiversité, l'urgence de la réglementation et l'impératif de son intégration dans les systèmes de santé. 

Réfléchir. Encore. Toujours. A ce titre, il faudra une 50ème journée pour réfléchir sur ce dont nous aurions du commencer à agir à la 24eme !

On ne peut mépriser la réflexion, car son absence conduit au tâtonnement ... mais passer son temps à réfléchir risque de confiner à tourner en rond.

Et c'est le triste spectacle que l'Afrique renvoie au sujet de sa médecine traditionnelle: une immense intelligence collective enfermée dans des salles de réunions ou de conférences. Au détour de symposiums, d'ateliers, de séminaires, etc...    

En résumé, l'Afrique possède presque tout ce qu'il faut pour réussir. Sauf une chose essentielle: la décision de faire !

Le potentiel africain est devenu une légende continentale. Potentiel agricole, potentiel minier, potentiel énergétique, potentiel touristique et potentiel médicinal. L'Afrique devrait-elle rester éternellement riche de ce qu'elle pourrait devenir ? Et les Africains de ce qu'ils pourraient avoir ? 

La souveraineté appelle aux actes. 

Voila la tragédie silencieuse autour de la médecine traditionnelle : nous avons les plantes, le savoir, les praticiens et les chercheurs, mais la transformation industrielle, la standardisation, la technologie, la commercialisation sont absentes. 

Le manque de collaboration entre tradithérapeutes, chercheurs, thérapeutes, pharmaciens et médecins sur fond de condescendance est la cerise sur le gâteau.   

En résumé, ce n'est pas en prononçant le nom du médicament que l'on guérit le mal. 

Le cas du paludisme est particulièrement révélateur. 

L'Afrique concentre l'immense majorité des décès dûs au paludisme dans le monde. En 2023, la Région africaine de l'OMS représentait environ 95 % des décès mondiaux liés au paludisme. Et pourtant, le continent dispose depuis des siècles de pharmacopées utilisées contre les fièvres, les infections et diverses affections, mais des initiatives pour leur transformation en médicaments modernes, validés et standardisés restent inexistantes.

Il en va de même pour les pneumonies, les maladies diarrhéiques, l'hypertension...qui complètent le peloton de tête des principales causes de morbidité et de mortalité du peuple africain...

Bonne réflexion...


Djibril Bâ, Directeur de l'Hôpital Traditionnel de Keur Massar (Sénégal)


mardi 7 avril 2026

A PROPOS DU DOSAGE....

 La question du dosage dans la médecine traditionnelle africaine : un malentendu culturel

Une question revient souvent lorsqu’on parle de médecine traditionnelle africaine : celle du dosage. Beaucoup demandent quelle quantité exacte doit être utilisée, combien de grammes ou de millilitres doivent être administrés. Cette interrogation paraît légitime, car elle correspond aux habitudes de la médecine moderne. Cependant, elle peut aussi révéler une manière de penser influencée par des références extérieures aux traditions africaines.


Au fil de l’histoire, l’Afrique a connu plusieurs transformations culturelles profondes. L’arrivée des religions islamique et chrétienne, la colonisation, puis la néocolonisation et la mondialisation ont modifié les modes de vie et les systèmes de pensée. Ces transformations ont souvent imposé des modèles venus d’ailleurs, parfois au détriment des savoirs locaux. Dans ce contexte, certaines connaissances traditionnelles ont été perçues comme moins fiables, non pas toujours à cause de leur inefficacité, mais parce qu’elles ne correspondaient pas aux normes dominantes.


La médecine traditionnelle africaine repose sur une longue expérience accumulée sur plusieurs générations. Les praticiens observent la nature, testent des plantes et transmettent leurs connaissances de façon orale ou pratique. Le dosage existe dans ces pratiques, mais il ne prend pas toujours la forme de mesures précises et standardisées. Il peut dépendre de nombreux facteurs, comme l’âge du patient, son état général, la saison ou la qualité des plantes utilisées. Il s’agit donc d’un dosage adapté au contexte, fondé sur l’expérience et l’observation.


Il est important de rappeler que la notion de poison est universelle. Dans toutes les cultures, on sait qu’une substance utile peut devenir dangereuse si elle est utilisée en trop grande quantité ou de manière inappropriée. Ainsi, la question du dosage n’est pas en soi une erreur. Elle devient problématique lorsqu’elle sert à remettre en cause, sans analyse approfondie, la valeur des savoirs traditionnels.


Dans certains cas, poser la question du dosage comme preuve d’un manque de rigueur peut traduire une forme d’anachronisme ou de jugement culturel. Cela revient à appliquer des critères modernes et standardisés à des systèmes de connaissances qui ont été développés dans d’autres contextes et selon d’autres logiques.


Une approche plus équilibrée consisterait à étudier ces pratiques avec attention, en cherchant à comprendre leurs méthodes, leurs principes et leurs limites. Cela permettrait de mieux apprécier la richesse des savoirs traditionnels, tout en identifiant les moyens de les évaluer de manière rigoureuse et respectueuse.


En définitive, la question du dosage dans la médecine traditionnelle africaine ne doit pas être considérée uniquement comme un problème technique. Elle soulève aussi une question plus large : celle de la reconnaissance des savoirs locaux et de leur place dans un monde marqué par des influences culturelles multiples.